Carla Mattei

J’ai la grande joie d’accueillir Carla pour cette deuxième édition de Woman Talk. On s’est rencontré sur un job de mannequin, plus de 30 filles ce jour là pour un défilé, mais, instantanément, c’est avec Carla que j’ai connecté ! Quand les autres mannequins se regardaient, se comparaient….On a tout de suite partagé beaucoup de bienveillance, d’entraide et de fous rires. Ce n’est pas toujours le cas dans la mode… Et puis j’apprend qu’elle fait du yoga, un autre point de connection. Elle est depuis devenu yoga teacher et je suis très heureuse de vous partager son parcours aujourd’hui. Une femme lumineuse qui nous parle avec son coeur, des batailles intérieures qu’elle a mené pour trouver la paix.

Raconte nous tes débuts dans le mannequinat ? 

J’ai commencé le mannequinat lorsque j’avais 15 ans. J’ai été repéré par mon agent actuel Laurent Piombo, il m’a tout de suite placé dans une agence parisienne. Je n’étais pas du tout à mon aise ; le fait d’être jugé constamment sans aucun tact ni bienveillance, les rapports entre les filles en castings, tout cela a provoqué énormément d’angoisse pour moi. Je suis de nature très douce et bienveillante. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les gens de ce monde, je suis donc redescendu dans le sud sans vraiment prendre trop ça au sérieux.
A 17 ans je me suis sentie enfin prête, j’avais très envie de changer de vie, de quitter Cassis, de voyager, de vibrer et de m’ouvrir au monde. Je suis donc revenue à paris et le mannequinat est devenu mon métier à temps plein. J’ai rapidement beaucoup travaillé et énormément voyagé, Londres, Milan, New York, pour les fashion week par exemple, j’ai eu la chance de rencontrer des tas de personnes différentes, et de pouvoir découvrir le monde à cet âge là.

Quel était ton rapport au corps à ce moment là ? Ressentais tu beaucoup de pressions en travaillant dans la mode ?

Le rapport à mon corps dès mon arrivé dans le mannequinat a été très difficile. J’ai toujours eu un problème de confiance en moi et ce monde ne m’a pas du tout aidé. Paradoxalement je travaillais pour de très belles maisons, et ce « prestige » aurait pu me donner confiance en moi, au contraire, j’ai commencé à me détester.
Ayant arrêté les cours assez jeune, le seul milieu qui me servait de référence était le monde de la mode. C’est très troublant lorsque l’on a 17 ans d’évoluer dans un monde où l’on est en permanence jugé sur son physique. Toute la valeur que je m’accordais était liée seulement à mon apparence, qui elle, était sans cesse comparée à des filles toujours plus belles les unes que les autres. Les détails sur lesquels on est continuellement critiqué dans ce métier peuvent sembler futiles pour quelqu’un qui évolu dans un monde «normal». Pour nous, ce détail devient une obsession. C’est vraiment ahurissant surtout dans le monde du fashion (comparé à ce que l’on appelle “commercial”). Quand je faisais les shows où qu’à l’époque je travaillais pour une prestigieuse maison on me demandait sans cesse d’etre plus mince, je faisais 51 kg pour 1m81 mais ça n’était jamais assez. Quand je me regardais dans le miroir je me rend compte aujourd’hui que ce n’était pas moi que je voyais… Je faisais de la dysmorphophobie. On me demandait tout le temps de perdre des hanches, alors qu’en réalité il n’y avait plus rien à faire c’était ma peau qui était sur mes os, pas de muscles, c’était simplement mon ossature, je ne pouvais pas faire plus. Pourtant, dans le miroir ce que je voyais c’est que j’était trop « grosse », je devais faire plus et je me détestais de ne pas y arriver. Aujourd’hui quand je regarde les photos de cette époque,  je me demande comment j’ai pu ne pas me voir telle que j’étais.

Ce métier m’a rendu malade, durant une période j’ai sacrifié ma santé mentale, je suis devenue boulimique, puisque je me privais de nourriture pour ne pas grossir, manger devenait une réelle obsession, ça devenait l’unique chose qui rythmait mes journées. Je faisais plus exactement de l’hyperphagie. Je mangeais une quantité de nourriture gargantuesque, je faisais des crises ou je me gavais de tout et n’importe quoi car chaque jours je me disais que c’était la dernière fois que je m’autorisais à manger ça. J’ai évidemment pris du poids durant cette période, je restais bien sûr relativement mince je dirais même maigre puisque je pesais seulement 55  kg pour 1m81, mais mes hanches, elles, ne rentraient plus dans les critères des mensurations parfaites. On m’a donc dit qu’on ne me présenterait plus en castings tant que je n’aurais pas perdu ce poids. Cela a tout d’abord généré énormément de stress en moi, j’avais encore moins confiance, et je ne m’éstimais plus du tout. Je pensais n’avoir aucunes volonté. Je m’auto flagellais.
Heureusement nous avons décidé avec mon agent, de me changer d’agence. C’est là que j’ai découvert le monde du “commercial”. Celui ci a changé mon rapport à mon corps, à mon métier. Ma première campagne pour une marque de lingerie m’a d’un seul coup transformé. Ce que je considérais avant comme mon plus gros défaut : mes fesses, mes hanches, devenaient tout d’un coup une partie de mon corps que l’on mettait en valeur, qu’on aimait. J’ai commencé a reprendre confiance en moi et à guérir.

« Je faisais 51 Kg pour 1m81 mais ça n’était jamais assez. » 

Comment est tu arrivée sur le chemin du yoga ?

Même si ça allait mieux vis à vis de mon corps, je ressentais encore un vide dans ma vie, une mission non accomplie, et une sensation de n’être qu’un cintre, qu’un physique.
Très rapidement après ça j’ai suivi une initiation au Reiki, un soin énergétique japonais qui permet de ré harmoniser notre énergie vitale. Cela a vraiment marqué un tournant dans ma vie. Cette initiation a ouvert quelque chose à l’intérieur. J’ai senti beaucoup de changements en moi mais surtout l’envie de faire un cadeau à mon corps de prendre soin de lui, de le chérir, de le guérir, pour tout ce que je lui avais fait endurer. En nourrissant et en soignant mon corps, par la même occasion je nourrissais et je guérissais mon esprit. Tout avait changé, ma façon de m’alimenter, de m’écouter, de respecter mes besoins, je me faisais enfin du bien.

J’y ai trouvé une telle plénitude que j’ai eu envie d’aller plus loin. J’ai décidé de me former au Yin Yoga, un yoga issu du Taoism qui se base sur la médecine traditionnelle chinoise et vise à faire circuler l’énergie vitale pour nettoyer les blocages énergétiques et émotionnels. Cette pratique a également changé ma vie. Très introspective elle m’a permis de me rencontrer, de m’écouter.  Le Taoism, lui, m’a appris qu’il n’y avait pas d’absolu, que les choses n’étaient pas toute noir ou toute blanche. Que tout était une question d’équilibre. Que chaque personne, chaque vérités est différente. Cela a été une réelle révolution pour moi. J’avais besoin de partager au monde tous les bienfaits et les richesses que m’avaient apporté ces enseignements.

En quoi ce changement t’as épanouie ?

J’ai compris que je ne m’arrêtais pas un physique et que ma mission et ma valeur étaient bien plus grande que ça. J’avais envie de prendre soin des autres, de les aider à se découvrir, à révéler leur lumière, à être en harmonie. J’ai pu trouver mon chemin de vie, j’ai appris à respecter mon corps, à m’aimer et de me célébrer telle que j’étais.

« Soyez doux avec vous mêmes, soyez indulgent, faites des choses qui vous rendent heureux, vibrez »

Un conseil à donner ?

Ça serait de s’aimer telle qu’on est et d’arrêter de se comparer, chaque personne est unique et parfaite telle qu’elle est. De s’accepter dans son intégralité , avec sa lumière et son obscurité car ça n’est pas une question de dualité mais de complémentarité.
Et pour finir, prenez soin de votre corps, et vous nourrirez votre esprit , prenez soin de votre esprit vous ferez du bien à votre corps. Tout est lié, tout est connecté. Soyez doux avec vous même, soyez indulgent, mangez des bonnes choses, faites des choses qui vous rendent heureux et vibrez, vibrez fort, plus vous vibrez plus vous attirez à vous des vibrations qui sont hautes. Nous sommes créateurs de notre vie, et en changeant notre façon d’interpréter le monde et de le voir nous transformons notre univers, notre environnement.

Une femme qui t’inspire ?

Les femmes qui m’inspirent, il y en a plusieurs. Brigitte Bardot pour son engagement pour la cause animale. Alexandra Fryda (moonsisters Paris) ma soeur de coeur qui m’a appris à célébrer ma nature cyclique, à travailler avec les énergies de la lune, et à briser la rivalité et la comparaison entres femmes grâce aux cercles de paroles, et à la sororité. Pour m’avoir aidé à célébrer mes zones d’ombres et ma vulnérabilité. Tatiana Abbey (Home Paris) pour m’avoir aidé à libérer la femme sauvage en moi, à danser avec les éléments et à traverser  mes émotions, à ne pas me juger, pour être une incroyable guérisseuse et chaman.

Vous pouvez retrouver Carla sur son instagram @Iamcarlamattei et sur le tapis (pour l’instant sur zoom) tous les mercredis à 18h et espérons en septembre a nouveau en physique, les détails à venir. Vous pouvez la contacter par mp pour plus d’infos sur les cours.
Je vous conseille vraiment ses cours de Yin yoga, elle nous plonge dans un vrai cocon, avec beaucoup de douceur et de bienveillance.

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Natasha
21 mai 2020 11 h 00 min

Un portrait tres inspirant, well done a vous deux!!

fran
21 mai 2020 17 h 02 min

Très touchant cet interview, derrière les images en papier glacé, souvent beaucoup de souffrance. Trouver le yoga sur son chemin est salvateur. …qu’elle belle renaissance pour Carla ! Bravo